L'Etat islamique

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Re: L'Etat islamique

Messagede sheon le 23 Juin 2017, 10:41

Ouais_supère a écrit:C'est une bonne surprise.

Ouais, surtout que son discours sur l'international avant l'élection était proche du néant.
Ça veut peut-être dire qu'il cachait son jeu. Enfin bon, vu sa position sur l'Europe, tout n'est pas rose non plus, mais c'est déjà mieux que Hollande !
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Re: L'Etat islamique

Messagede DCP le 23 Juin 2017, 10:47

sheon a écrit:
Ouais_supère a écrit:C'est une bonne surprise.

Ouais, surtout que son discours sur l'international avant l'élection était proche du néant.
Ça veut peut-être dire qu'il cachait son jeu. Enfin bon, vu sa position sur l'Europe, tout n'est pas rose non plus, mais c'est déjà mieux que Hollande !


Bonne surprise, à voir maintenant ce qu'il va faire réellement....et ce qu'il pourra obtenir de concret, car c'est un sacré merdier la Syrie entre les divers acteurs syriens et extérieurs qui se mêlent de ce qui se passent....avec des intérêts divergents....
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Re: L'Etat islamique

Messagede Sylphus le 23 Juin 2017, 10:50

Macron ne fait que redire ce qu'il a dit durant toute la campagne. Je rappelle qu'il a été soutenu par Védrine, Villepin et Chevènement qui ont tous les trois une vision globalement convergente sur le Moyen-Orient.

Maintenant il faut des actes forts et surtout aller vite.
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Re: L'Etat islamique

Messagede sccc le 23 Juin 2017, 12:46

Aym a écrit:Nan mais pensez à vous rappeler que Macron, c'est le mal, hein. Faut surtout pas l'oublier.


Ça ne l'empêche pas de prolonger les sanctions contre la Russie.
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Re: L'Etat islamique

Messagede Cortese le 23 Juin 2017, 17:12

C'est Hollande qui doit être soulagé de ne pas devoir annoncer la déroute de sa politique en Syrie après avoir été si extrémiste. Macron a du pot, il arrive juste après l'accident, il n'a plus qu'à faire le constat.
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Re: L'Etat islamique

Messagede Rainier le 27 Juin 2017, 14:00

On peut s'attendre prochainement à un nouveau bombardement de la Syrie ...

On commende déjà à préparer l'opinion publique :


AFP, publié le mardi 27 juin 2017 à 12h38

Le régime syrien de Bachar al-Assad préparerait une nouvelle attaque chimique, ont annoncé lundi soir les Etats-Unis, qui se sont dits prêts à riposter comme ils l'avaient fait après une attaque similaire début avril, dans un contexte de tensions grandissantes entre les deux pays.

Le Kremlin a vivement réagi mardi matin, condamnant les "menaces inadmissibles" de Washington contre le régime syrien.

"Les Etats-Unis ont identifié de potentiels préparatifs d'une autre attaque chimique par le régime syrien d'Assad qui pourrait provoquer le massacre de civils, y compris des enfants innocents", a écrit le porte-parole de la Maison Blanche Sean Spicer dans un communiqué.

Ces activités "sont similaires aux préparatifs du régime avant son attaque à l'arme chimique du 4 avril", a noté le représentant de l'exécutif américain.

Cette attaque avait provoqué une riposte militaire des Etats-Unis, qui avaient tiré 59 missiles contre une base aérienne en Syrie, marquant la première intervention armée de Washington contre le régime de Damas.

Si le président syrien lançait une autre attaque à l'arme chimique "lui et son armée paieraient le prix fort", a prévenu Sean Spicer.

"Toute nouvelle attaque lancée à l'encontre de la population syrienne sera attribuée à Assad, mais également à la Russie et à l'Iran qui l'ont aidé à tuer son propre peuple", a pour sa part prévenu lundi soir dans un tweet Nikki Haley, l'ambassadrice américaine à l'ONU.

L'attaque chimique présumée du 4 avril à Khan Cheikhoun, dans la province rebelle d'Idleb (nord-ouest) avait fait 88 morts, dont 31 enfants, provoquant l'indignation de nombreuses capitales qui mettent en cause le régime de Bachar al-Assad.

Ce raid était, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), la deuxième attaque chimique la plus meurtrière depuis le début du conflit en 2011 après celle au gaz sarin qui avait fait plus de 1.400 morts dans la banlieue de Damas en 2013.

Bachar al-Assad a assuré pour sa part à plusieurs reprises avoir remis tous ses stocks d'armes chimiques, conformément à un accord mis au point sous les auspices de la Russie pour éviter les menaces croissantes d'une action militaire américaine.

Mais le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, a déclaré n'avoir "aucun doute" sur le fait que Damas a conservé des armes chimiques. Selon une étude militaire israélienne, Bachar al-Assad dispose encore de "quelques tonnes" d'armes chimiques.

- 'Provocation cynique et sans précédent' -

Les Etats-Unis avaient riposté aux événements de Khan Cheikhoun dans la nuit du 6 au 7 avril, en tirant 59 missiles de croisière Tomahawk depuis deux navires américains en Méditerranée vers la base aérienne d'Al-Chaayrate, près de Homs (centre).

Sean Spicer a tenu à rappeler dans son communiqué lundi que l'objectif des Etats-Unis en Syrie est uniquement de lutter contre le groupe Etat islamique, et pas de lancer une guerre contre le régime d'Assad.



On peut douter de la dernière phrase ...
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Re: L'Etat islamique

Messagede Maverick le 27 Juin 2017, 14:11

Pas que de la dernière phrase à mon avis.
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Re: L'Etat islamique

Messagede Fatcap le 27 Juin 2017, 22:29

C'est le reflet en creux d'une tendance qui s'affirme de jour en jour : la Syrie, et l'armée syrienne, se renforcent de jour en jour. Ce qui semblait impensable il y a quelques années devient de plus en plus plausible. L'Etat Islamique pourrait être réduit au statut de guérilla locale ; les troupes syriennes progressent à une vitesse faramineuse comparé à 2015 ou 2016.

A l'Est, pour la première fois depuis 2014, le gouvernement syrien a remis le pied dans la province de Deir Ezzor. Ils ne sont plus qu'à 90 km de l'enclave. Deir Ezzor, c'est le va-tout de l'EI, et leur raison d'être ; c'est pour cela que les USA l'ont conçu. Les USA ont besoin de Deir Ezzor, c'est leur dernière carte à jouer pour prétendre encore participer au règlement politique qui s'annonce. C'est un contre-la-montre dément.

Quelles sont les options pour les Américains ? Tenter des frappes directes, comme ils l'ont fait il y a quelques jours. Manque de bol, les Russes ont relevé le gant, et c'est quand même un tout petit peu trop transparent d'intervenir aussi directement en soutien à l'EI. Jouer l'attaque côté plateau de Golan par l'intermédiaire israélien ; mais l'effet semble nul. Raviver une offensive des islamistes d'Idlib ? Depuis que le Qatar et l'Arabie Saoudite sont en bisbille c'est le bordel là-bas, les clans financés par les Saoudiens s'affrontant aux poulains qataris.

Non décidément, le dernier atout, c'est bricoler un autre fake à l'attaque chimique. C'est à la fois inspirant et désespérant ; d'un côté ils sont vraiment aux abois quand on voit le caractère bâclé et risible de ces attaques chimiques prévues à l'avance, de l'autre cela montre qu'ils sont désespérés, donc prêts à tout. On aurait presque envie de les voir y aller, d'assister enfin à ce règlement de comptes, mais c'est aussi toxique et dangereux que ceux qui souhaitaient une bonne guerre rapide en 14...
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Re: L'Etat islamique

Messagede Fatcap le 27 Juin 2017, 22:37

sccc a écrit:
Aym a écrit:Nan mais pensez à vous rappeler que Macron, c'est le mal, hein. Faut surtout pas l'oublier.


Ça ne l'empêche pas de prolonger les sanctions contre la Russie.


Le diable gît dans les détails. Macron dit que l'utilisation d'armes chimiques sera sanctionné, même si la France agit seule. Dans la phrase précédente, il indique l'avoir dit "très clairement" à Vladimir Poutine.

Traduction, dans l'univers de Macron, toute attaque chimique ne peut provenir que du gouvernement syrien. Message aux islamistes : allez-y faites vous plaisir, le prochain montage nous donnera le prétexte idéal pour lancer des frappes puisque nous connaissons à l'avance le coupable.

Après, ça n'a pas vraiment d'importance, vu les capacités de cette pauvre aviation française je me demande si on a les moyens ne fût-ce que d'aller jusqu'à la côte syrienne, pour ne rien dire de pénétrer l'espace aérien syrien et les défenses anti-aériennes. Quoique c'est peut-être ça le but, sacrifier quelques pilotes pour donner aux américains le prétexte dont ils ont besoin pour entrer dans la danse...
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Re: L'Etat islamique

Messagede Shoemaker le 27 Juin 2017, 22:43

j'avoue que ma raison stoppe net devant un tel merdier. Je ne comprends pas.
Qu'arrive-t-il aux gouvernant Occidentaux ? Pourquoi une telle déraison ?
Ca me dépasse.
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Re: L'Etat islamique

Messagede Shoemaker le 27 Juin 2017, 22:48

le plus gros danger en ce moment dans cette poudrière, c'est qu'on dit que des militaires (haut niveau) n'en font qu'à leur tête en ce moment là bas, sans même que Trump ne maîtrise quoi que ce soit.
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Re: L'Etat islamique

Messagede Ghinzani le 28 Juin 2017, 06:39

Maverick a écrit:Pas que de la dernière phrase à mon avis.

Effectivement. Si on avait laissé Trump se rapprocher des russes comme il le souhaitait, on en serait pas là. :?
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Re: L'Etat islamique

Messagede Shoemaker le 28 Juin 2017, 09:12

Ghinzani a écrit:
Maverick a écrit:Pas que de la dernière phrase à mon avis.

Effectivement. Si on avait laissé Trump se rapprocher des russes comme il le souhaitait, on en serait pas là. :?

On lui aurait mis un colt 45 sur la tempe ? Qui est ce "on" ?
Au fait, Trump semble relativement hostile aux Russes (en apparence en tout cas). Moi qui croyais que c'était un pantin des Russes. Qu'attendent ces derniers pour lui mettre la sexe tape sous le nez ? Qu'attendent ces derniers pour fournir les preuves de sa trahison pendant les élections ? Allo Clinton... ? Tu dis rien ?...
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Re: L'Etat islamique

Messagede Cortese le 28 Juin 2017, 15:24

L'analyse de Thierry Meyssan. Toujours très spéculatif, mais toujours intéressant.

Islam et cléricalisme au Moyen-Orient élargi
par Thierry Meyssan

Il est de bon ton de disserter en Occident sur « la compatibilité de l’islam et de la démocratie » ou sur « l’islam et la laïcité ». Ces problématiques laissent entendre que par nature l’islam serait clérical. Ce ne serait donc pas une religion, mais un courant politique. Ainsi, les musulmans les plus « radicaux » seraient des terroristes et inversement.
Pourtant, depuis un mois, le Moyen-Orient élargi, à population majoritairement musulmane, est en train de se diviser entre fidèles de cette religion et partisans d’une politique qui les manipule.

Un homme politique peut être athée, agnostique ou croyant. Le fait qu’il prétende servir Dieu ne fait pas de son parti politique une Église.

Certains de nos lecteurs ont mal compris une précédente chronique sur l’évolution du monde musulman. Je vais donc déblayer les questions relatives à l’islam avant de décrire le plus précisément possible sa situation actuelle.

En premier lieu, si vous avez une idée tranchée sur l’islam, c’est que vous n’en connaissez qu’une seule de ses formes tant cette religion est différente du Maroc au Xinjiang. Que ce soit au plan liturgique ou juridique, il n’y a guère de ressemblance entre l’islam de Sharjah et celui de Java.

Cette religion peut être abordée à partir d’une lecture littérale du Coran ou à partir de sa lecture contextualisée ou encore à partir d’une critique de l’authenticité du texte coranique actuel.

Durant les quatre premiers siècles de l’islam, tous les musulmans s’accordaient sur la nécessité d’interpréter le Coran, ce qui se traduisit par l’élaboration de quatre systèmes juridiques distincts (hanafite, malékite, shafiite et hanbalite), selon les cultures locales. Mais à la fin du Xème siècle, constatant l’expansion de cette religion et craignant qu’elle ne finisse par se diviser, le calife sunnite interdit que l’on poussât l’interprétation plus loin. Seuls les chiites la poursuivirent. Depuis lors, l’islam s’adapte comme il le peut aux exigences de son temps.

Contrairement aux apparences, si l’on refuse d’interpréter le texte, on ne peut le comprendre tel qu’il a été rédigé, mais uniquement à travers sa propre culture. Sachant que Mahommet a vécu en Arabie, les Saoudiens considèrent comme allant de soi qu’ils comprennent spontanément le sens du Coran comme si leur société et leur langue n’avaient pas évolué depuis 1 400 ans. Pour eux, comme au XVIIIème siècle pour Mohammed ben Abdel Wahhab, Mahommet a conforté les valeurs du tribalisme nomade. Ce sont des « wahhabites ».
Par exemple, le Coran condamne les idoles, donc les wahhabites détruisent les statues des dieux antiques, ce que Mahommet n’a jamais fait mais qui correspond à leur culture bédouine. Au VIIIème siècle, les chrétiens byzantins ont pareillement affronté les « iconoclastes » saoudiens qui détruisaient au nom du Christ les décorations des églises.
Le tribalisme nomade ne connaît pas la notion même d’Histoire. Les wahhabites ont détruit la maison du prophète à La Mecque car elle était devenue un lieu de pèlerinage, donc selon eux d’idolâtrie. Mais ils ne se sont pas arrêtés là. Ils ont détruit ces dernières années toute l’ancienne et magnifique ville de La Mecque car ils n’accordent culturellement aucun intérêt à ces vieilleries.

Si l’on se réfère à la lecture littérale, on est un « fondamentaliste ». Généralement, on entend vivre comme les compagnons du prophète. On est alors un « salafiste », car on tente de se rapprocher des pieux ancêtres (les « salafs »). Ce mouvement, né au XIXème siècle en Égypte, s’était constitué en réaction au wahhabisme et était extrêmement libéral. Il est pourtant devenu très répressif.
Par exemple, la majorité des salafistes actuels interdit la consommation d’alcool, mais certains cheikh affirment au contraire qu’il est licite de boire avec modération. Tous trouvent leur argumentation dans le Coran qui comporte trois passages apparemment divergents sur ce sujet.
Toutes les religions sont confrontées à cette impossibilité de reproduire un passé que personne ne peut reconstituer. Par exemple, au XXème siècle, le mouvement charismatique chez les chrétiens a donné lieu à des compréhensions opposées de la sexualité selon qu’elles s’appuient directement sur les Évangiles ou sur la morale des Épitres de Paul.

Depuis quelques années, sous l’influence du travail réalisé par des exégètes européens à propos de la rédaction des textes bibliques, quelques auteurs questionnent l’authenticité du texte coranique.
En premier lieu, de manière à asseoir son autorité, le calife de Damas fit collationner des textes attribués à Mahommet à partir desquels il constitua le Coran, puis il fit brûler toutes les autres anthologies. Cependant, le nom « Mahommet » ne désigne pas une personne précise, c’est un titre accordé aux sages. Il est donc possible que le Coran reproduise les paroles de plusieurs prophètes ce qui semble corroboré par la présence de styles littéraires différents dans le texte canonique.
Les archéologues ont découvert des textes coraniques antérieurs à la version canonique. Il existe des différences, parfois significatives, entre ces textes écrits avec des alphabets distincts. Au demeurant, le Coran canonique était écrit quant à lui avec un alphabet simplifié qui n’a été complété que plus tard, au VIIIème siècle. Cette transcription est en elle-même une interprétation et il est possible qu’elle ait été parfois erronée.
À l’évidence, certaines sourates du Coran reprennent des textes plus anciens utilisés par les chrétiens de la région. Ils n’étaient pas composés en arabe, mais en araméen et certains mots originels ont été conservés dans le texte définitif. Leur lecture contemporaine est l’objet de nombreuses incompréhensions. Ainsi —n’en déplaise aux kamikazes de Daesh qui espèrent leur récompense au paradis— le mot « houri » signifie des « raisins blancs », et non pas des « vierges aux grands yeux ».

Jusque là, les choses sont assez simples : l’islam, c’est la religion du Coran. Cependant la tradition accorde une importance presque égale à la légende dorée du prophète, les Hadiths. Il s’agit d’ouvrages écrits souvent des centaines d’années plus tard par des gens qui ne pouvaient pas avoir été témoins des faits qu’ils rapportent. Ceux-ci sont beaucoup plus nombreux qu’il ne peut en arriver en une seule vie. Ils illustrent des opinions très diverses et opposées. Certains sont d’un niveau intellectuel atterrant et peuvent servir à justifier n’importe quoi. Le crédit indûment accordé à ces écrits fantaisistes a profondément déformé la transmission du message coranique.

Dans la pratique, toutes ces discussions en masquent une, essentielle : si la religion c’est ce qui tente de relier l’homme à Dieu, elle est forcément le lieu de toutes les escroqueries. Car comment peut-on prétendre connaître Dieu s’il est d’une nature radicalement différente et supérieure à la nôtre ? Et, à supposer qu’Il se soit exprimé à travers des prophètes, comment peut-on prétendre comprendre ce qu’Il nous aurait dit ? Notez que, dans cette perspective, la question de l’existence de Dieu —c’est-à-dire d’une conscience supérieure à la nôtre— n’a plus aucun sens. C’est par exemple ce que soutenaient chez les chrétiens saint Grégoire de Nazianze ou saint François d’Assise.

Toujours dans cette perspective, les hommes qui cherchent à se rapprocher de Dieu —c’est-à-dire non pas à appliquer Sa Loi, mais à faire évoluer la nature humaine pour la rendre plus consciente— ont tendance à partager leur expérience et donc à former des Églises. Pour fonctionner celles-ci ont tendance à former des permanents, des prêtres ou des imams. Dans le christianisme cette fonction n’est apparue qu’à partir du IIIème siècle, soit plusieurs générations après la mort de Jésus. Dans toutes les religions, ces clercs finissent par jouir d’un statut intermédiaire entre les laïques et Dieu. Pourtant, aucun des fondateurs des grandes religions n’a lui-même créé d’Église, ni de clergé.

De même que l’Europe a connu un formidable retour en arrière avec les grandes invasions qui détruisirent l’empire romain (les Huns et les Goths), de même le monde musulman a également connu un retour en arrière avec les invasions mogholes (Gengis Khan et Tamerlan). Si ce traumatisme n’a duré que trois siècles en Europe, il a été artificiellement prolongé dans le monde arabe par les colonisations ottomane et européenne. Bien que cela n’ait rien à voir avec l’histoire du christianisme, ni avec celle de l’islam, il se trouve des clercs pour prétendre que ces retours en arrière sont la conséquence du péché qui se serait généralisé. Pour revenir à l’âge d’or, il suffit donc de suivre leur enseignement et non pas de reconstruire.

Inexorablement, des clercs s’engagent en politique et prétendent imposer leur vision des choses au nom de Dieu. Il s’en suit une rivalité entre eux et les laïcs. Ainsi, en France dès que le traumatisme des grandes invasions fut dépassé, quoique de « droit divin », la royauté laïque entra en conflit avec la papauté cléricale. Dans le monde arabe, qui n’est qu’une minorité au sein du monde musulman, ce conflit a surgi avec la décolonisation et les mouvements d’indépendance. Les leaders nationalistes (Nasser, Ben Barka) se sont heurtés aux Frères musulmans. Durant la Guerre froide, les premiers étaient soutenus par les Soviétiques et les seconds par l’Otan. La dissolution de l’URSS affaiblit le camp nationaliste et se traduisit par une vague islamiste. Plus encore, le « printemps arabe » fut une opération de l’Otan pour éliminer définitivement les nationalistes au profit des Frères musulmans. Les foules qui ont soutenu ces mouvements ne cherchaient aucunement à instaurer des démocraties. Au contraire, elles étaient persuadées qu’en plaçant les Frères musulmans au pouvoir, elles créeraient une société idéale et un nouvel âge d’or islamique. Elles ont depuis déchanté.

Le parti politique des Frères musulmans a été reconstitué, en 1951, par les services secrets britanniques sur les ruines de l’organisation homonyme d’Hassan el-Banna. Il est la matrice du terrorisme dans le monde musulman, ayant formé la totalité des chefs des organisations terroristes, d’Oussama Ben Laden à Abou Bakr al-Baghdadi. Ce parti politique et ses organisations armées travaillent en collaboration avec les puissances impérialistes. Il n’y a rien de religieux là dedans.

Il importe de comprendre que les Frères musulmans et leurs organisations jihadistes, Al-Qaïda et Daesh, ne sont pas des musulmans radicalisés ainsi qu’on aime à le prétendre en Occident. Il s’agit de mouvements politiques et non pas religieux. Le fait qu’ils citent à longueur de temps des passages du Coran n’en fait pas des religieux. Ce sont juste des cléricaux.

Le revirement contre le « printemps arabe » a débuté, en juin 2013, en Égypte où 33 millions de citoyens ont défilé durant cinq jours contre la dictature du Frère Mohamed Morsi et pour le rétablissement de l’ordre constitutionnel par l’armée. La totalité —sans exception— des partis politiques et des organisations religieuses s’est unie autour de l’armée contre les Frères musulmans, c’est-à-dire pour la laïcité et contre le cléricalisme. Dans les mois qui suivirent, le chef des armées, le général Abdel Fattah al-Sissi, qui ambitionnait d’être élu président, transmit à l’Arabie saoudite des documents saisis au siège des Frères. Ils attestaient que des membres de la Confrérie préparaient depuis le Qatar un renversement des Séoud. La réponse de Riyad ne se fit pas attendre : arrestation de quelques membres de la Confrérie en Arabie, attentats au Qatar et soutien inconditionnel à l’élection du général al-Sissi.

La situation des Séoud était d’autant plus compliquée que
- toute la Confrérie n’était pas impliquée dans le complot ;
- que, depuis 1961, ils étaient les sponsors de la Confrérie via la Ligue islamique mondiale ;
- et que leur régime était adossé au wahhabisme, donc clérical comme les Frères musulmans.

Les Séoud donnèrent carte blanche aux Nayef pour réprimer les putschistes et rétablir l’ordre. Ils agirent comme ils l’avaient fait en 1990 lors de la révolte des sourouristes. À l’époque, un leader des Frères musulmans, Mohammed Sourour, était parvenu à convaincre des wahhabites saoudiens de prendre le pouvoir. Il fallut cinq ans pour vaincre la rébellion [1].

C’est ce passé qui a ressurgi lorsqu’en mai 2017 le président Donald Trump est venu à Riyad sommer les puissances musulmanes d’en finir avec les Frères musulmans. Les Séoud ont décidé cette fois de réagir en rompant non seulement avec la Confrérie, mais en abandonnant l’islam politique. Que l’on comprenne bien : le fait de prendre le parti de la laïcité ne change en rien celui d’être fondamentaliste, salafiste. La monarchie du roi Salmane se trouve dans la même position que la monarchie française de Philippe le Bel. Pour accompagner cette évolution décisive, le conseil de famille des Séoud a accepté par 31 voix contre 4 de préparer l’abdication du roi Salmane, de mettre fin à la règle adelphique de succession au trône, de sauter deux générations et de désigner le prince Mohammed ben Salmane comme son prochain roi.

De leur côté, le Qatar et la Confrérie se sont immédiatement rapprochés de la Turquie et du Pakistan. Surtout, ils ont fait alliance avec l’Iran, dont ils combattent encore les Gardiens de la Révolution sur les champs de bataille syrien et yéménite, mais dont le gouvernement de cheikh Rohani partage leur conception cléricale de l’islam.

Ce retournement de l’Iran met en évidence l’opposition entre son pouvoir politique et son pouvoir militaire. Il s’appuie sur le pacte conclu entre Hassan el-Banna, le fondateur de la première Confrérie des Frères musulmans, et le jeune ayatollah Khomeiny. Un pacte selon lequel les Frères ne lanceraient pas de guerre de religion entre sunnites et chiites, engagement qui a volé en éclats avec Daesh. Surtout, il s’appuie sur les ambiguïtés de la Révolution de 1979, à la fois mouvement laïque anti-impérialiste et processus identitaire clérical, et sur l’évolution de la fonction du Guide Ali Khamenei, à la fois leader de la Révolution mondiale et politicien local chargé des équilibres entre factions.

Au vu des treize exigences transmises par l’Arabie saoudite et l’Égypte au Qatar, il est peu probable que le conflit entre laïques et cléricaux se résolve rapidement. La question se pose de savoir si les Occidentaux comprendront ce qui se joue actuellement dans le « Moyen-Orient élargi ». Eux qui présentaient le président Ahmadinejad comme un clérical, eux selon qui le Frère Morsi n’avait pas truqué son élection et avait été renversé par un coup d’État ; eux qui prétendent que la Libye et la Syrie n’ont pas été attaquées de l’extérieur mais ont été le théâtre d’une révolution démocratique. À force de se mentir, on perd contact avec la réalité.
Thierry Meyssan


[1] C’est dans ce contexte que le chef des services secrets, le prince Turki, exfiltra son agent Oussama Ben Laden vers le Soudan.
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Re: L'Etat islamique

Messagede Shoemaker le 28 Juin 2017, 16:48

(Othman qui a "compilé" le Coran, n'était pas Calife à Damas mais à Médine. C'est Mouawiya (du même clan par ailleurs) qui va s'installer à Damas... oui ok, c'est un détail... :D )
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Re: L'Etat islamique

Messagede Cortese le 28 Juin 2017, 23:20

Shoemaker a écrit:(Othman qui a "compilé" le Coran, n'était pas Calife à Damas mais à Médine. C'est Mouawiya (du même clan par ailleurs) qui va s'installer à Damas... oui ok, c'est un détail... :D )

Compilé c'est le mot utilisé par Wikipedia : "Les copies du Coran écrites de nos jours suivraient toujours, mot pour mot, cette compilation des copies d'Othmân, écriture nommée « ar-rasm al-othmanî ». Quelques-unes de ces copies existent encore aujourd'hui : l'une se trouve à Istanbul, l'autre à Tachkent (Ouzbékistan), une troisième au British Museum de Londres.", on peut pas reprocher à Meyssan d'avoir inventé la formulation (il a assez à faire avec sccc).
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Re: L'Etat islamique

Messagede Shoemaker le 28 Juin 2017, 23:50

oh non... j'ai écrit "compilé" comme j'aurais écrit rassemblé, mis en ordre, officialisé, etc... j'ai mis entre guillemets juste parce que le mot est ... "exotique".
Je ne désirais strictement que signaler que Othmane n'était pas à Damas, mais à Médine. Pas plus.

Je ne rentre absolument pas ici dans le débat sur la nature du Coran, son origine, et tout le saint Frusquin. Ce n'est pas le sujet.
Donc, si les guillemets t'ont interpelés, fait comme si je n'avais rien mis...
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Re: L'Etat islamique

Messagede Shoemaker le 28 Juin 2017, 23:52

je précise secondairement, que sans attendre Meyssan, j'ai toujours utilisé moi-même ce terme, qui me semble parfaitement indiqué, par ailleurs !
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Re: L'Etat islamique

Messagede Shoemaker le 29 Juin 2017, 00:02

du coup, j'ai été voir dans le dico, ce que signifie exactement le mot compiler (en dehors de l'utilisation en informatique, où on compile les codes machins chouette etc) :

Rassembler en un seul ouvrage des extraits provenant de sources différentes

Ca confirme donc bien ce qu'a fait Othman, en rassemblant plusieurs éléments, en un unique objet : principalement, les écrits gardés précieusement par Hafsa, une des épouses du Prophète et fille d'un précédent Calife (Abou Bakr ou Omar, je sais plus), d'une part, et les versets mémorisés en intégralité par des proches du Prophète, de son vivant. Un travail de comparaison et de vérification...
Voilà, le compte est bon !
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Re: L'Etat islamique

Messagede sccc le 29 Juin 2017, 17:57

Mattis Claims White House Threat to Syria ‘Worked’
http://news.antiwar.com/2017/06/28/matt ... ia-worked/

:lol: :lol:

En réalité il n'y a pas de quoi rigoler... :?
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Re: L'Etat islamique

Messagede Fatcap le 01 Juil 2017, 10:21

En même temps, tout est bien qui finit bien. Cette fois-ci ils ont sagement économisé un feu d'artifice de quelques dizaines de millions de dollars. Je crois que le reste du monde a compris ; ce n'est qu'un cas banal de démence sénile, et le plus important dans ce genre de situation est de ne pas tenter de ramener le dément à la réalité, il faut l'accompagner avec douceur et attendre que la lucidité revienne. N'énervons pas le malade pendant que l'armée syrienne pratique un véritable Blitzkrieg dans le désert...

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Re: L'Etat islamique

Messagede Shoemaker le 03 Juil 2017, 23:12

Game of Thrones version Bédouine... (faut juste imaginer en plus, des histoires de cul en coulisse, et on obtient un scénario total hallucinant !)

Dans les coulisses du château de cartes saoudien

Par Pepe Escobar − 24 juin 2017 − Source Sputnik



Au moment même où les spécialistes de la géopolitique parient sur un changement de régime au Qatar, orchestré par une maison des Saoud au désespoir, c’est à Riyad qu’il a eu lieu, orchestré par le prince guerrier, destructeur du Yémen et instaurateur du blocus du Qatar, Mohammed ben Salmane (MBS).


Étant donné l’opacité qui caractérise cette oligarchie familiale du fin fond du désert, qui regorge de pétrodollars et qui se fait passer pour une nation, il ne faut se fier qu’aux rares étrangers ayant eu droit de visite pour se faire une idée du jeu des trônes en cours. Ce qui n’arrange en rien les choses, les « largesses » des lobbys saoudien et émirati à Washington ont également réussi à transformer pratiquement tous les groupes de réflexion et les journalistes en simples lèche-bottes.

Une source importante au Moyen-Orient proche de la maison des Saoud, qui remet donc en cause le consensus à l’intérieur du périphérique à Washington, ne mâche pas ses mots : « La CIA est fort mécontente du limogeage de [l’ancien prince héritier] Mohammed ben Nayef. Mohammed ben Salmane est perçu comme un commanditaire du terrorisme. En avril 2014, les USA comptaient écarter du pouvoir les familles royales des États arabes unis (EAU) et de l’Arabie saoudite au complet en raison du terrorisme. On a trouvé un compromis en vertu duquel Nayef devait prendre les rênes du Royaume pour y mettre fin. »

Avant le coup d’État de Riyad, le topo qui prévalait dans certains cercles géopolitiques du Moyen-Orient était que les services secrets des USA avaient « indirectement » stoppé un autre coup d’État contre le jeune émir du Qatar, cheikh Tamim al-Thani, orchestré par Mohammed ben Zayed, le prince héritier d’Abou Dhabi, avec l’aide de l’armée de mercenaires de Blackwater/Academi d’Eric Prince aux EAU. Il se trouve que Zayed est le mentor de MBS, ce qui n’est pas rien.

Notre source clarifie les choses : « Tout est connecté. Eric Prince est de la CIA, mais il a probablement stoppé toute tentative de coup d’État au Qatar. La CIA a bloqué le coup d’État au Qatar et les Saoudiens ont réagi en se débarrassant de Mohammed ben Nayef, le choix de la CIA, qui devait devenir le prochain roi. Les Saoudiens ont la trouille. La monarchie est dans le pétrin, car la CIA peut lever une armée en Arabie saoudite contre le roi. C’était une mesure défensive par MBS. »

La source poursuit : « MBS échoue partout : au Yémen, en Syrie, au Qatar, en Irak, etc. La Chine aussi est insatisfaite de MBS qui sème le désordre au Xinjiang. La Russie ne peut non plus se réjouir du fait que MBS était et est derrière la baisse des prix du pétrole. Qui sont ses alliés ? Il n’en a qu’un et c’est son père, qui n’est pas tellement compétent. » Le roi Salmane est pratiquement en état d’incapacité pour cause de démence.

La source est convaincue qu’il « est très possible que la CIA s’en prenne à la monarchie en Arabie saoudite ». La guerre entre le président Trump et certains secteurs de l’État profond aux USA prendrait alors une toute autre dimension.

Pour compliquer encore les choses, il faut tenir compte aussi du facteur Jared d’Arabie. Il serait étonnant qu’un des principaux acteurs de cette saga confirme quoi que ce soit à propos d’un coup d’État (avorté) au Qatar. Mais si une tentative de renversement a vraiment eu lieu, et qu’elle a été matée, Jared Kushner pourrait avoir obtenu des renseignements privilégiés, étant donné ses connexions.

Selon la source, « Jared Kushner est pratiquement en faillite au 666 de la 5e Avenue et il compte sur une aide financière saoudienne. Il fait donc tout ce que les Saoudiens lui demandent. Les difficultés financières du 666 de la 5e Avenue sont tellement énormes, que même son beau-père ne peut le cautionner. »

Opération arrogance du désert

Cette suite des événements alambiquée corrobore la fameuse note de service du BND (le Service fédéral de renseignement allemand) daté de décembre 2015, selon laquelle la maison des Saoud avait adopté « une politique impulsive d’intervention », qualifiant son ministre de la Défense et vice-prince héritier d’alors, MBS, de « joueur politique » cherchant la déstabilisation.

La note de service du BND décrivait comment la maison des Saoud a financé la création en Syrie de l’Armée de la Conquête, qui n’était en fait qu’une simple restructuration du front al-Nosra, alias al-Qaïda en Syrie, et de Ahrar al-Sham, son comparse idéologique. Autrement dit, la maison des Saoud aide, encourage et arme le terrorisme salafo-djihadiste. Voilà maintenant que ce régime accuse le Qatar de faire la même chose (Doha appuyait d’autres groupes).

Au Yémen, le BND s’inquiétait que la guerre menée par MBS contre les Houthis et l’armée yéménite ne profite qu’à al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA). La guerre de MBS, menée avec des armes étasuniennes et britanniques, a causé une catastrophe humanitaire horrible.

Comment se fait-il qu’un être aussi arrogant, négligent, présomptueux et ignorant que MBS est presque parvenu à mettre le feu à l’ensemble de l’Asie du Sud-Ouest ? Des vagues de désespoir déferlent parmi les investisseurs occidentaux aussi, qui craignent que les actes d’un élément imprévisible comme MBS n’occasionnent une désintégration généralisée des fonds de retraite personnels.

Une mise en contexte essentielle s’impose. Ce à quoi nous avons droit aujourd’hui, c’est au troisième royaume saoudien, fondé par Ibn Saoud en 1902, et qui maintient la même alliance nocive qu’avant avec les religieux wahhabites troglodytes. Au départ, Ibn Saoud ne régnait que sur le Najd. En 1913, il a annexé l’est de l’Arabie chiite (où se trouve le pétrole), puis le Hejaz, sur la côte de la mer Rouge jusqu’en 1926. Le Royaume d’Arabie saoudite « unifié » n’a été proclamé qu’en 1932.

Ibn Saoud est mort en 1953. La plus influente des femmes de son harem était sans contredit Hassa al-Sudairi. Ils ont eu sept garçons ensemble. Le roi Salmane (dément), Nayef et MBS sont tous des Sudairi. MBS est le premier des petits-fils de Ibn Saoud à être sur le point de monter sur le trône.

Un certain nombre de princes sont plus compétents que MBS. Nayef, qui a longuement travaillé au sein du ministère de l’Intérieur, était le tsar du contre-terrorisme (ce qui en a fait le chouchou de la CIA). Il y a aussi Mitab ben Abdullah, le ministre de la Garde nationale d’Arabie saoudite ; le prince Turki, ancien chef des services du renseignement, ambassadeur des USA et grand copain d’Oussama ben Laden ; et Khaled ben Faisal, gouverneur de La Mecque et ancien ministre de l’Éducation.

MBS mise tout sur son projet Vision 2030 qui, en théorie, pourrait propulser l’économie saoudienne en dehors des champs de pétrole, mais qui nécessiterait un renouvellement politique quasiment irréalisable. C’est qu’aucune réforme n’est possible dans le château de cartes de la maison des Saoud. On n’a qu’à penser à cette liste de 13 demandes ridicules imposées au Qatar (l’œuvre de BMS), qui comprend l’excommunication virtuelle de l’Iran et la fermeture d’al-Jazeera.

Pas étonnant que tous les grands joueurs géopolitiques projettent des scénarios de guerre (même si seulement l’Allemagne a fait connaître ses préoccupations). Le Qatar a le statut d’observateur à L’OTAN. Doha est résolu. Il ne pliera pas devant les demandes absurdes de l’Arabie saoudite. Que va-t-il se passer ensuite ? Est-ce que BMS, le dirigeant le plus dangereux de la scène géopolitique d’aujourd’hui, va perdre la face ou se lancer dans une autre guerre démentielle, impossible à gagner et qui, cette fois, ne manquera pas de causer des convulsions à l’échelle planétaire ?
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Re: L'Etat islamique

Messagede Shoemaker le 11 Juil 2017, 20:28

A priori, c'est confirmé, l'agent Baghdadi est out of Africa.
http://www.lefigaro.fr/international/20 ... t-mort.php
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Re: L'Etat islamique

Messagede porcaro77 le 11 Juil 2017, 20:47

Cela ne signifie pas pour autant la fin des attentats par contre malheureusement
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Messagede Ghinzani le 13 Juil 2017, 13:29

Très bon livre de Frederic Encel :" Géopolitique du Printemps arabe".
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Re: L'Etat islamique

Messagede Fatcap le 17 Aoû 2017, 22:31

Allez hop, on réanime ce topic pour la bonne nouvelle du jour ; l'armée syrienne a encerclé les positions de l'Etat Islamique à l'est d'Hama. C'est un des trois bastions de l'EI en Syrie, avec Rakka et la vallée de l'Euphrate à l'Est. Désormais, ces trois bastions sont coupés les uns des autres.

Image

Dans ces deux derniers mois, l'armée syrienne a également pris Sukhna et les contreforts près de Palmyre, au-delà desquels il n'y a plus que du désert jusqu'à Deir Ezzor.

Avec ces deux opérations, la poussée finale vers Deir Ezzor peut avoir lieu sans craindre de contre-attaques sur les flancs. Elle pourrait se faire d'au moins trois axes différents et cela reste sans nul doute l'objectif de plus haute priorité... Certains pensaient que cela arriverait cet été, il me semble que ce sera au mieux pour la fin 2017. Les Syriens, sans doute conseillés par les Russes, préfèrent avancer lentement mais sûrement que se précipiter... Deir Ezzor a déjà dépassé le record précédemment établi à Leningrad, celui du siège le plus long de l'ère moderne. Cela n'a pas eu le don d'émouvoir nos chers médias ni l'Union Européenne, qui a mis à l'index le général Zahreddine, héliporté là-bas il y a 3 ans et assurant la défense contre l'EI depuis lors...

Notons que 2017 a été marquée par un nouveau record en termes de retour de réfugiés, avec 600.000 Syriens désormais rentrés chez eux, principalement dans la région d'Alep (source : ONU, http://www.npr.org/sections/thetwo-way/2017/08/11/542828513/u-n-more-than-600-000-syrians-have-returned-home-in-2017). C'est plus que pour toute l'année 2016. Restent certes 6 millions de personnes déplacées, et un pays toujours en guerre, mais je trouve ce chiffre plutôt encourageant.
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Re: L'Etat islamique

Messagede Nuvo le 18 Aoû 2017, 09:35

Merci Fatcap !
N'hésite pas à faire des points dès que tu peux :-D
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Re: L'Etat islamique

Messagede Aym le 18 Aoû 2017, 09:52

Moi je peux, si tu veux.


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Y'en a assez ?
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Messagede Nuvo le 18 Aoû 2017, 10:19

:mouarf: :mouarf:
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Messagede Shoemaker le 18 Aoû 2017, 10:23

:D
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Re: L'Etat islamique

Messagede Shoemaker le 29 Aoû 2017, 11:07

Peu à peu, très subrepticement, tout le monde (la mort dans l'âme pour beaucoup), admet qu'il va falloir faire avec le sanguinaire Assad.
Les tueurs desperados déversés par 10aines de milliers sur la Syrie avec l'aide, la logistique, le fric, les encouragements et les manigances de l'Occident (tendance néocon-sonisante) et de sa valetaille saoudienne, bref, tous ces tarés de l'internationale sanguinaire semblent peu à peu lâchés. L'armée régulière Syrienne n'a plus qu'une étape importante, avant de donner le coup de grâce à toute cette racaille daecho-Alqaïdo-CIA : la prise de Deir Ezzor (Fatcap en a parlé).
http://elwatan.com/international/deir-e ... 20_112.php
Si on avait encore un doute sur ce grand revirement de la politique Occidentale menée par les USA, il suffisait d'écouter l'inénarrable Bernard Guetta ce matin sur France Inter.
Ce sera la grande surprise de son discours. Lorsqu’il exposera aujourd’hui, devant les ambassadeurs de France réunis à Paris, les lignes directrices de sa politique étrangère, Emmanuel Macron annoncera l’ouverture de nouvelles négociations sur la Syrie.

Il y travaillait depuis le début de l’été. Il souhaitait que toutes les puissances intéressées à ce conflit se retrouvent autour d’une même table au lieu de mener des discussions séparées qui, forcément, ne mènent à rien. Il fallait convaincre les Russes et les Américains, les Turcs et les Saoudiens, bien d’autres encore. La plus délicat était de trouver le moyen d’associer l’Iran à cette initiative alors que l’équipe Trump ne veut pas entendre parler de pourparlers avec les Iraniens, mais c’est maintenant fait.

Sauf difficulté de dernière minute, ce groupe de contact sur la Syrie se réunira en marge de l’Assemblée générale de l’Onu qui s’ouvre dans deux semaines. Avec l’assentiment tacite de la Maison-Blanche, la diplomatie française assurera, de l’extérieur, la liaison avec Téhéran de sorte que les Iraniens participent aux discussions sans que les Américains ne refusent d’y prendre part.

Alors non, ce n’est pour autant pas la paix pour demain.

Il est même bien trop tôt pour parler d’un véritable espoir mais une tentative de relance des négociations vaut évidemment mieux que le point mort politique et diplomatique où en était cette guerre qui ne s’achève pas et il y a trois raisons pour lesquelles la France a pu ouvrir cette porte.

Emmanuel Macron a noué des relations de confiance, carrées mais claires, avec Donald Trump et Vladimir Poutine. Les Etats-Unis n’avaient aucune idée de ce qu’ils pouvaient ou même voulaient faire en Syrie et ni les Russes ni les Iraniens n’ont les moyens de rétablir par la seule force leur allié Bachar al-Assad dans la plénitude de ses pouvoirs perdus. Quand la guerre ne parvient pas à imposer la victoire d’un camp, la diplomatie reprend, autrement dit, ses droits.

Pour le reste, Emmanuel Macron dira tout à l’heure aux ambassadeurs qu’en le portant au pouvoir, les Français ont approuvé sa volonté de relancer l’unité de l’Europe. L’Union européenne, le resserrement de ses rangs, l’harmonisation des économies de la zone euro, ses futurs investissements dans les industries d’avenir et les premiers pas de sa Défense commune constitueront ainsi le deuxième axe d’un discours qui ne passera pas en revue toutes les crises internationales mais affirmera les deux autres priorités du nouveau président.

L’une est la défense de ce qu’il appellera les « biens communs » : la planète, l’environnement, les idéaux des Lumières et la liberté. L’autre sera la défense des intérêts de la France, économiques, politiques mais aussi culturels et linguistiques.


Oh il ne le dit pas clairement, mais on sent que le gars a fait son deuil de voir un jour Assad éventré, empalé, violé, traîné nu et ensanglanté dans la poussière des pistes Syriennes par des barbudos assoiffés de sang, pour son plus grand trip à lui...
Eh oui Bebert ! il se peut de plus en plus que tu n'assisteras pas à cette scène sur laquelle tu fantasmes tant !.... hé hé... :D
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Re: L'Etat islamique

Messagede denim le 29 Aoû 2017, 11:32

Fabius a fait un malaise...
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Re: L'Etat islamique

Messagede Fatcap le 29 Aoû 2017, 12:06

Oui, ils savent que le partie est globalement perdue. Netanyahou et son chef des renseignements sont allés voir Poutine, mais les Israéliens sont hors du coup. Ils pensaient partitionner la Syrie, et se retrouvent face au Hezbollah sur deux fronts, à la frontière libanaise et sur le plateau du Golan. Un Hezbollah qui a perdu des hommes en Syrie, mais a gagné encore plus en expérience et en matériel. Et on ne parle même pas de la perspective que des troupes iraniennes soient invitées en Syrie pour garantir le respect du cessez-le-feu.

C'est simple, avec la Turquie et le Qatar qui ont rompu les rangs, la Russie et l'Iran sont dans une position de force. Les USA, l'UE et Israël ont fini par admettre qu'ils ne pouvaient plus être dans le déni, sauf à ne plus jouer aucun rôle dans cette région. Ils reviennent donc la queue entre les jambes à la table de négociation pour tenter de sauver des bribes d'influence.

A lire sinon : un article publié par un journaliste d'investigation bulgare qui détaille comment les USA et l'UE organisaient le trafic d'armes à partir de l'Europe de l'Est vers la Syrie, via la companie aérienne azérie. Ils utilisaient des avions civils et la valise diplomatique. C'est une façon de faire plus discrète que les transports militaires habituels. Pour toutes les erreurs et faiblesses de Trump, sa décision d'arrêter le programme de la CIA finançant les djihadistes lui permet de se racheter à mes yeux..
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Re: L'Etat islamique

Messagede Cortese le 29 Aoû 2017, 12:10

Ah je te trouve bien dur avec Trump. Oui il a l'air d'un clown, mais c'est un clown héroïque, dans son rôle tragique de monarque isolé. Un peu comme Ivan le Terrible avant qu'il ne fasse décapiter à la hache les Boyards qui l'humiliaient et avaient empoisonné sa femme adorée.
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Re: L'Etat islamique

Messagede Shoemaker le 29 Aoû 2017, 12:31

Oui, c'est un peu fini pour lui. Il fait tout pour que cessent les bombardements sur sa tronche, de ce qu'on appelle l'Etat profond. On lui a tout collé : tâteur de chatte, traître pro-Russe, et dernièrement Grand Sachem du racisme US !...
Il a même du chasser son dernier allié à la Maison Blanche, le fameux Banon, pour crier sa rédition complète et sans condition. Il ne sait plus trop quoi faire, pour sauver sa peau.
Mais sinon, oui, il fait presque de la peine, dans sa posture de vieux roi tragico-déchu...
D'un autre côté, l'Etat profond a montré au grand jour sa formidable force, pour ceux qui en doutaient encore. Banon est parti de la Maison Blanche, mais avec la rage au ventre, promettant de se venger. Je rappelle que ce même Banon a fait sa Bar-mitsva politique, en se plaçant du côté du camp TelAvivien. Mais rien n'y fait. Lorsqu'on ne sert plus à rien, on est recraché comme un malpropre, méchamment, par le Système.
A suivre tout de même... car Banon est relativement intelligent, et il comprend la situation : Il jure qu'il va tout faire pour foutre une totale zone aux USA même.

Pour en revenir à la situation au Levant, je ne sais même pas si Trump a encore la main. Les choses actuellement, de ce point de vue, se décident entre militaires. La démocratie US, quoi... :D
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Re: L'Etat islamique

Messagede Shoemaker le 29 Aoû 2017, 12:35

Cortese a écrit: ...et avaient empoisonné sa femme adorée.

Il peut encore leur livrer en un ultime sacrifice la belle Melania. Elle a encore de beaux restes, et la harpie Clinton, dit-on, aime la chair fraîche saphique ! C'était mon quart d'heure sadien ! :lol:
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Re: L'Etat islamique

Messagede Shoemaker le 29 Aoû 2017, 13:15

Sinon, de la part de Caroline Galacteros, un point de vue qui pose des questions incontournables, quant à la suite des choses, une fois que daech et Cie seront réduits en bouillie "là-bas".
A propos donc de ce terrorisme qui empoisonne la vie de tout le monde (et détruit celle de quelques uns).
Elle a le mérite d'avoir toujours condamné les interventions dévastatrices dans les pays Arabes. Son exposé est d'autant plus intéressant à considérer.

Chronique «Etat d'esprit, Esprit d'Etat » parue sur le site du Point les 28 et 29 août 2017.

La terreur ne prend pas de vacances. Levallois-Perret, Marseille, Barcelone, Cambrils, Turku, jusqu'à Surgut en Sibérie… Les plages se vident, les enfants font leurs cartables et taillent leurs mines pour apprendre, grandir, aimer la vie et les autres…, tandis que les islamistes affûtent leurs poignards, bourrent leurs sacs à dos d'explosifs, se ceinturent de Semtex ou de pâte à modeler, louent des camionnettes ou empruntent des voitures pour les détruire. Chacun va donc faire ses devoirs et les services de police et de renseignement feront ce qu'ils peuvent – ce qui n'est pas rien mais ne peut tout –, modernes Sisyphes d'un monde occidental qui s'étourdit dans le déni. Combien d'attentats déjoués en vérité ? Combien à venir ? Doit-on s'y habituer, comme certains responsables politiques osent nous y inviter, comme on accepte sans broncher qu'un cambriolage ait lieu en France toutes les deux minutes ?

Le terrorisme « fait-il partie de notre vie », chacun devant vaquer à ses affaires dans une indifférence désabusée, espérant échapper aux prochaines rafales par des calculs de probabilité rassurants ? Croit-on sérieusement qu'en ignorant le défi qui nous est lancé, en le minorant, en réduisant la menace à des passages à l'acte d'individus psychiatriquement atteints – dans un tiers de cas nous répète-t-on désormais à l'envi –, on va faire disparaître la menace et lasser l'adversaire qui nous laissera en paix ? L'accent mis sur la maladie mentale est une inquiétante défausse. Cette tentation du politique grandit à mesure que se manifeste l'ampleur du phénomène et que monte le sentiment d'impuissance des pouvoirs publics.

Que des individus fragiles ou même malades agissent de manière mimétique par rapport au modus operandi des terroristes, certes, mais 120 bonbonnes de gaz ont été retrouvées en Espagne pour faire exploser la Sagrada Familia et d'autres monuments ! Ce sont désormais les symboles les plus éclatants de la chrétienté en déroute qui sont ciblés en Europe même, et non plus seulement dans le lointain Orient. Ce sont les dirigeants européens qui « sont dans le gaz » ! À moins que leur calcul implicite ne soit plus cynique encore : notre mode de vie, le choix de nier les problèmes pour ne pas devoir les traiter, suppose un certain ratio de pertes humaines, en quelque sorte incompressible, qu'il faut accepter et faire admettre d'une manière ou d'une autre à nos concitoyens, « parce que nous le valons bien » et qu'on s'en sortira... Fermez le ban.


Une guerre que nous ne voulons pas voir
Refusons cette coupable inhibition. Prenons nos responsabilités. La première d'entre elles est la lucidité : chaque attentat n'est pas l'expression d'une violence exceptionnelle, incompréhensible voire inévitable, mais scande une étape sanglante supplémentaire dans une guerre qui nous a été déclarée et que nous ne voulons pas voir.

On ne fait d'ailleurs pas davantage le lien – sans être taxé de racisme ou d'islamophobie primitive – entre cette « problématique sécuritaire », qui rythme désormais tragiquement notre quotidien, et la vague migratoire qui inonde l'Europe, gonfle en silence, charriant dans son écume d'innombrables malheureux, mais aussi moult individus dangereux, et des centaines de milliers d'autres dont on sait très bien qu'ils sont en train de faire changer notre continent de nature… et de culture. Réfugiés économiques ou politiques, migrants, demandeurs d'asile, légitimement fondés à venir en Europe ou pas, est-ce finalement la question ? Évidemment non.

Cet exode massif programmé n'est pas le fruit d'un odieux « complot » mais celui d'un enchaînement de circonstances, d'intérêts, et aussi de (nos) décisions politiques folles. Il est surtout une calamité que chacun pressent, mais que nul n'ose dénoncer sans honte et surtout sans s'exposer à la vindicte « d'élites » confites dans l'aveuglement et la repentance délirante… Nos politiques, pour la plupart complaisants et démagogues, pratiquent l'omerta trans-partisane et refusent de traiter sérieusement cet immense péril. Eux aussi espèrent passer entre les gouttes jusqu'au prochain scrutin… Et puis, s'ils devenaient courageux, il leur faudrait encourir l'opprobre du chœur des vierges aux yeux crevés et l'impopularité immédiate, se montrer durs, forcément injustes, oser traiter des nombres et non plus des destins particuliers, imposer des devoirs et restreindre des « droits », traiter « le local » avant « le global », le national avant l'universel. Pas très valorisant ni valorisable électoralement parlant. Il leur faudrait surtout cesser d'invoquer l'Europe, dont chacun sait qu'elle ne peut rien, car elle n'est que la somme des volontés de ses États membres… et donc de leur absence. Aussi préfèrent-ils maquiller le danger manifeste en aubaine pour l'emploi ou la diversité…
En plein délire, en plein déni

On nage donc en plein délire et surtout en plein déni. Même Angela Merkel, maîtresse de l'Europe au grand cœur, réalise désormais amèrement le prix de sa naïveté. R. T. Erdogan vient de lui donner une cinglante leçon d'ingérence et poursuit son chantage à l'ouverture des vannes migratoires. Cela lui a rapporté beaucoup déjà. Désormais, il va plus loin encore. La chancelière critique l'évolution autocratique de son pouvoir et renvoie l'intégration de la Turquie dans l'UE aux calendes grecques ? Il appelle publiquement contre elle les Turcs d'Allemagne à ne pas voter pour la CDU ou ses alliés dans quelques semaines. Cela ne changera probablement pas sensiblement l'issue du vote. Certes, mais il y a plus de trois millions de Turcs en Allemagne et c'est là encore voir la paille et non la poutre. Car le signal est limpide : les communautés musulmanes d'Europe sont devenues, bon gré mal gré, les vecteurs d'une entreprise de déstabilisation progressive du Vieux Continent aux fins de sa submersion politico-culturelle et de sa subversion idéologico-religieuse. Ces chevaux de Troie, activés par d'habiles leaders d'influence locaux ou lointains, peuvent à tout moment prendre le mors aux dents et jeter à terre leurs piètres cavaliers sans éperons ni étriers.

Rappelons, pour éviter tout malentendu ou procès d'intention, que les Français de confession musulmane sont dans leur immense majorité les cibles, les otages, les victimes d'une instrumentalisation politique extérieure, exactement comme les populations civiles d'un pays en guerre. Ils sont la matière première semi-consciente d'une entreprise globale de subversion d'un ordre ancien qui se structure dans l'indifférence générale. Le gros de ces populations est pacifique, travaille, et pratique (ou pas) un islam modéré, c'est-à-dire compatible avec les lois de notre République. Car la question n'est pas, rappelons-le aussi, d'adapter la République aux religions et communautés présentes sur le sol français, mais de définir la marge possible d'expression et de pratique de ces religions dans la seule mesure où elles ne remettent pas en péril les lois, pratiques et équilibres de la République ni la cohésion nationale, et cela dans le respect du cadre historico-politique d'un pays d'histoire et de culture chrétiennes multiséculaires. En toute rigueur, cela suppose, très spécifiquement pour l'islam, qui est par essence un système politico-religieux holistique et ne reconnaît pas la primauté de la loi des hommes sur celle de Dieu, une réforme intellectuelle sérieuse (sur le plan de l'exégèse même du Coran) et en tout cas une constriction, une compression du domaine légitime et légal d'expression et d'observance de la foi musulmane en France.

Plus immédiatement encore, cela impose aux autorités françaises d'exiger des représentants des Français musulmans (et non des « musulmans de France » !) un grand « ménage » dans les mosquées et les associations et de les appuyer dans cette œuvre de salut public, afin de nous débarrasser de tous les imams salafistes et agents prosélytes prêcheurs de haine et de régression. Car c'est en ces lieux, où se mêlent ignorance, ingérences et pressions extérieures, que s'exprime le rapport de force politico-religieux et que l'on sent la volonté de faire progressivement plier la République devant le poids démographique et électoral croissant d'une communauté de plus en plus réduite à son identité confessionnelle. Or, là est le drame. Car la confessionnalisation de la violence politique, que l'Occident a sciemment encouragée notamment depuis le tournant du siècle, gangrène désormais le monde entier et a transformé, en France, des parents inoffensifs et travailleurs, des enfants revendicatifs et des petits-enfants remplis de haine envers leurs pays nourriciers en une arme à double détente par destination.


Confessionnalisation
Pour en revenir à l'attitude de la Turquie, l'appel du néo-Sultan à la désobéissance civique et surtout à l'obéissance à une appartenance communautaire politico-religieuse supérieure transcende l'autorité du pays d'installation et la méprise ouvertement. Cela se passe aujourd'hui en Allemagne. Mais il y aura d'autres appels. Car il sera de plus en plus facile d'activer ces masses humaines globalement insérées, mais en fait désincarnées de la chair nationale d'États en décomposition, et de les mobiliser contre leurs pays d'accueil au service d'un dessein plus vaste. Dans les mosquées ou sur les réseaux sociaux. Question d'opportunité, de mûrissement communautaire et d'affadissement perçu de la volonté d'appareils d'États déliquescents et craintifs.

Cela rappelle fortement une autre situation, celle de la Bosnie-Herzégovine en 1991, avec l'instrumentalisation tragique de la nationalité confessionnelle des « Musulmans de Bosnie » (avec un grand M), invention de Tito en 1968 pour mieux dominer Serbes et Croates en introduisant un troisième larron dans leur face à face conflictuel. Rebaptisés « Bosniaques », majoritaires en nombre par rapport aux catholiques croates et orthodoxes serbes, les Musulmans de Bosnie (« ethniquement » serbes ou croates !) virent dans l'implosion de l'ancienne Fédération yougoslave – après celle de l'URSS et la réunification allemande – l'occasion inespérée d'une émancipation politique et d'une domination communautaire sous le couvert de conquête démocratique. On connaît la suite…

La confessionnalisation de la revendication politique, économique et sociale est un engrenage extrêmement dangereux. Le jour venu, en France, en Allemagne ou ailleurs en Europe, ceux qui n'ont pas même encore conscience de cette part de leur identité, quand on leur intimera l'ordre de choisir, pourraient adopter tout naturellement cette forme de « nationalité sans nation », conforme à ce qu'est l'Islam, un système politico-religieux total. Des voisins vivant jusque-là en bonne intelligence autour d'un socle national laïque commun se définiraient alors tout à coup autrement, comme des ennemis prêts à se déchirer. Impossible, improbable ? Délirant ? À voir. Ou plutôt à ne pas voir. Nous devons conjurer ce péril terrifiant, cette dynamique destructrice et faire en sorte que ceci n'arrive pas.

Que faire alors ? Au moment crucial de poser un diagnostic, il faut prendre garde à un leurre redoutable : le « discours d'expert » sur le terrorisme. Il a évidemment ses vertus : il cherche des explications - souvent des excuses -, décompose les modus operandi, fait des liens, remet en perspective, essaie d'anticiper. Il permet aussi d'expurger une frayeur et un dégoût qui nous saisissent devant le caractère apparemment irrationnel, indiscriminé, injustifiable des cibles de ces « voyous barbares », brebis égarées de la mondialisation transformées en « loups solitaires » ou en meutes morbides. Mais ce discours coupe aussi artificiellement le symptôme du mal. Il fait comme si le terrorisme était un phénomène en soi, qu'il suffisait de bien analyser et de combattre pour le circonscrire et l'éradiquer. Comme dans un jeu vidéo.

Or, il faut s'interroger : ces brebis sont-elles égarées ou, au contraire, se sentent-elles (re)mises sur La Voie ? C'est la vraie question. Celle qui nous gêne tant, nous terrifie même, car elle met en échec tout notre référentiel. On leur a, dit-on, « lavé le cerveau », pour les lancer, décérébrées et désespérées, contre d'innocents civils ou des représentants de l'autorité, pour faire trembler dans les chaumières et provoquer la sidération progressive d'une nation qui se défait et sa paralysie avant sa reddition ultime. Est-ce si sûr ? N'est-ce que cela ? Ne peut-on penser que ces individus, pour la plupart, s'engagent en toute connaissance de cause dans un combat en fait très cohérent à leurs yeux, qui leur paraît absolument valable et louable ? Ils échappent, par leur sacrifice (le don de leur vie biologique), à la confusion que nos démocraties hyper-individualistes ont opérée entre vie et existence. La vie, tout à la fois souffle et commandement divin, traverse les corps et les justifie, inscrit l'individu dans un dessein transcendant, appelle comme un salut sa mort terrestre au service d'une cause, d'un sens, et le démarque ainsi des « infidèles » prisonniers d'une « existence » réduite à leur pure matérialité biologique et surtout à un matérialisme déspiritualisé… C'est là, on en conviendra, une puissante réponse à la perte de repères spirituels et moraux que fait subir la modernité occidentale à ses enfants les moins aptes à la mobilité mentale et sociale.

Mais en Occident, nous confondons depuis longtemps déjà vie et vivant. C'est précisément ce que l'on appelle la modernité. Nous sommes de ce fait quasi incapables de reconnaître une quelconque validité à un tel « délire ». Car il défie notre idole absolue : « le progrès », essentiellement technique et technologique, entré désormais en complète symbiose avec le marché. Admettre que ce que nous considérons comme un « égarement » régressif et pathologique dans l'acte terroriste est, aux yeux des acteurs de cette terreur, l'aboutissement d'une quête spirituelle que le monde d'ici-bas ne peut assouvir nous est proprement impensable. Car cela revient à admettre que certains individus, élevés au bon lait de la modernité occidentale et souvent loin de toute misère sociale ou intellectuelle, rejetteraient en toute connaissance de cause et en bloc les étalons lumineux de l'Occident consumériste. Un Occident qui se prétend toujours référent ultime du progrès humain, veut éradiquer toute idée même de mystère ou de destinée, et vogue désormais béatement vers les rivages prometteurs du transhumanisme, sa nouvelle idole, bien décidé à remettre Dieu à sa place pour offrir tout seul l'immortalité et l'omniscience à l'homme…

Attention ! Que l'on me comprenne bien ! Je ne justifie évidemment rien. C'est exactement l'inverse. Tout combat commence par l'évaluation froide et la plus ouverte possible de l'adversaire. Notre difficulté est que nous sommes incapables d'une grille de lecture lucide sans autocomplaisance. La « conversion du regard » indispensable pour comprendre le fonctionnement de l'autre (non pour l'excuser) nous est inaccessible. Car nous confondons les deux et nous nous fermons intellectuellement de peur d'excuser l'inexcusable en comprenant. Or, le fait de considérer comme de simples fous déséquilibrés ou délirants les auteurs d'attentats nous prive d'un regard à la mesure de la menace que leur élan destructeur fait peser sur notre monde développé.

Ces individus ne versent pas dans le salafisme parce qu'ils sont mal insérés socialement ou économiquement dans nos sociétés. On peut être pauvre, marginalisé ou inculte sans prendre les armes pour égorger son prochain. La source de l'islamisme violent et de son expression terroriste n'est donc pas sociale (chômage, désinsertion, etc.), pas plus qu'elle ne relève du dérèglement mental ou de « l'égarement » religieux. Elle est PO-LI-TIQUE ! Le religieux est ici massivement instrumentalisé, avec un franc succès, auprès de ses cibles (les masses musulmanes) comme auprès de ses victimes (les populations non musulmanes et les systèmes politiques des États ciblés). Il sert de leurre à une offensive géante qui essaime de manière virale dans des esprits fragiles ou structurés. Une offensive politique donc, mais appuyée, justifiée par la radicalité structurelle d'une Foi qui opère la symbiose totale entre le terrestre et le spirituel et offre donc une cohérence. Le moteur du « sacrifice » consenti et de l'action destructrice des agents de la terreur est infiniment puissant car il est cohérent. C'est en conséquence non une désorientation, mais une réorientation radicale qui les meut.

Refuser de concevoir cette cohérence intime retrouvée, et nier la globalité du défi qui nous est lancé appauvrit notre analyse et notre capacité de riposte. Réduire la lutte antiterroriste à une « guerre asymétrique » est séduisant mais indigent. « Tuer des terroristes », comme vient de le dire modestement Donald Trump à propos de la nouvelle « stratégie américaine » en Afghanistan, n'a aucune chance, jamais, de mettre fin au terrorisme. On peut faire cela jusqu'à la fin des temps. Car le véritable théâtre de cette guerre globale est sans frontières. Ce sont le communautarisme et le confessionnalisme présents au cœur même de nos propres Nations qui sont nos véritables ennemis. Et personne ne veut les voir ni les combattre autrement qu'à mots couverts. On les laisse prospérer, quand on ne les encourage pas.

Dès lors, la concentration de l'attention politique sur la dimension militaire de ce qui n'est qu'un pan, un mode d'action d'une stratégie globale, nous fait manquer l'essentiel. Le terrorisme n'est que l'autre nom de la guérilla, technique de combat vieille comme le monde. Ce n'est pas une fin en soi ni une absurdité, c'est l'un des moyens mis au service d'une entreprise d'ordre révolutionnaire, au long cours, tous azimuts, qui se joue simultanément au loin et chez nous. Une entreprise qui rassemble de nombreux acteurs qui jouent sur les faiblesses et la pusillanimité des démocraties modernes, sur leur renoncement à l'autorité, à la sélection, à la punition. Une entreprise qui vise le renversement de l'ordre politique occidental et son remplacement par un ordre politico-religieux dont le référent unique serait l'islam sunnite dans sa pureté originelle, pour lequel la Foi, la Loi et le Droit ne font qu'un, et qui tient les catégories occidentales de la modernité politique et sociale, sa rationalité et les concepts de liberté ou d'égalité pour des pêchés mortels contre Allah lui-même.

En conséquence, la focalisation sur les modus operandi de la terreur comme le discours actuel sur le recul (réel) du groupe État islamique ou de ses avatars, effectivement engagé dans une phase de déterritorialisation en Syrie et en Irak, qui tirerait pathétiquement ses dernières cartouches en inspirant encore quelques consciences troublées réduites à des modes d'action primitifs (le camion ou la voiture lancée dans la foule, les attaques au couteau, etc.) sont donc séduisants, rassurants…, mais parfaitement insuffisants. Ce récit transpire la peur et le renoncement. Un story telling complaisant qui laisse penser, à l'ennemi notamment, que c'est gagné, que l'on est incapable de lui opposer ne serait-ce qu'une claire conscience de ce qu'il est et veut véritablement. Il faut dire que le renoncement est dans l'air du temps : il y a quelques jours, il s'est bien trouvé une « experte » pour expliquer doctement à la radio que l'empoisonnement des œufs au fipronil était comparable à l'effet d'un café où nagerait une mouche : désagréable mais toujours buvable ! De la même façon que nous devons nous débarrasser de tous ces poisons qui posent un problème de santé publique colossal, mais ne font parler d'eux que lorsqu'il y a quelques « blessés » ou morts non camouflables, nous devons éradiquer sans pitié l'engeance islamiste qui empoisonne graduellement le corps de la nation mais dont on ne réalise la nocivité que lorsqu'elle nous frappe spectaculairement. Mais nos démocraties sont fortes nous dit-on, pleines de « résilience ». « Nous n'avons pas peur » et ne changerons pas d'un iota notre attitude collective ni individuelle. C'est là que le bât blesse. Car il faut tout changer.

En premier lieu, il faut cesser de sous-estimer l'ennemi et comprendre la nature et l'ampleur de la guerre qui nous est menée. Le terrorisme n'est, nous l'avons dit, que l'un des modes d'action d'une guerre de nature révolutionnaire à finalité idéologico-religieuse qui nous est faite à très grande échelle en profitant du lent dépérissement des États depuis 1990, de l'hyper-mondialisation et de l'idéologie ultra-individualiste qui l'accompagne. La question du « complot » et de la folie américaine initiale du financement massif de l'islamisme contre l'URSS, celle de « la vengeance » du monde arabo-musulman sont sans intérêt. Stupidité stratégique, complot ou pas, une dynamique imperturbable s'accélère et accule progressivement les régimes démocratiques pris au piège de leurs propres « valeurs » et utopies et surtout de l'effet boomerang de leur égalitarisme tant porté aux nues qu'il a fini par dissoudre la cohésion nationale.

En second lieu, il faut en finir avec cette culture de l'excuse implicite dans nos démocraties schizophrènes, qui ont intégré la repentance à un point tel qu'elles se sentent coupables d'être et d'offrir le gîte, le couvert, le savoir, la sécurité à ceux qui les méprisent, les haïssent et les frappent.

En troisième lieu, il faut rompre le pacte avec le Diable conclu par complaisance et surtout ignorance par des politiques de tous bords. J'explique depuis longtemps, et reste convaincue, que l'incohérence entêtée d'une ligne diplomatique qui nous fait, contre quelques contrats ou prébendes, soutenir des États suppôts directs ou indirects du salafisme et mécènes d'un prosélytisme religieux qui déstructure nos nations entretient un cercle vicieux redoutable et nous asservit en profondeur. Comment ne pas voir non plus l'absurdité, l'irresponsabilité d'une politique au petit pied, sans vision, qui nous a conduits à abattre des États autoritaires mais laïcs au nom de la démocratie et de la protection des populations, alors que nous tenons un discours permanent sur la vertu de la laïcité pour la coexistence paisible des diverses croyances autour d'un socle national partagé ? Il est vrai que notre antienne est de plus en plus formelle, car dans les faits, nous laissons dépérir ce socle et confortons le communautarisme dans nos villes et banlieues au nom même d'une liberté qui masque un autorenoncement à l'autorité de l'État et à l'imposition d'un référentiel commun. Nos politiques avalent depuis des lustres, le nez bouché et en mettant un cierge, la potion amère des associations musulmanes d'obédiences diverses qui leur promettent paix sociale, soutien électoral ou financements en échange de l'acceptation de leur implantation locale « au service des habitants ». Il est urgent de redécouvrir les vertus de la verticalité. L'horizontalité noie les responsabilités, accentue les réflexes de défausse, transforme les libertés offertes en violence et finalement creuse les disparités. C'est un paradoxe qu'il faut enfin regarder en face.

La guerre qui nous est faite est certes asymétrique, évidemment, puisque nos armées constituées et formatées pour le combat de haute intensité font face à des commandos, des individus, des milices qui les harcèlent au long cours avec des ruptures de rythme incessantes. Mais il faut bien comprendre que la négation obtuse du lien entre ce qui se passe au loin et ce qui se passe sur le territoire national nous affaiblit. Engager une contre-offensive crédible requiert une détermination et une vision globales et déjà une remise au diapason républicain de communautés entières, elles-mêmes « travaillées » au corps et au cœur comme la pâte à modeler de la domination future.

J'entends déjà les cris d'orfraie ! Catastrophisme ! Raisonnement fasciste, islamophobe ! Il est impossible, illégal, illégitime, antirépublicain d'engager une telle résistance ! À nous la méthode Coué, l'incantation extatique sur « le vivre ensemble », la danse de la pluie ! Mais « le vivre ensemble » ne se décrète pas. Il se fait respecter. Mais notre République se meurt à force de s'offrir repentante, à ceux qui veulent l'abattre. Mais la résilience ne suffit pas. Mais les fleurs et les bougies sont indécentes. Mais voir les familles des victimes elles-mêmes dénoncer les photos terrifiantes de leurs proches en morceaux signe un inquiétant déni de réalité. Plus de corps, plus de mort ? Plus de danger ? L'euphémisation du réel est impardonnable. On peut le comprendre d'un parent perdu par le chagrin de la perte d'un être aimé, pas d'un État qui doit protéger ses concitoyens.

Car c'est une guerre globale mais soigneusement « perlée » qui nous est faite. Le rythme des attentats, leur occurrence en salves sporadiques et étendues géographiquement en témoignent. Un rythme suffisamment régulier pour maintenir la pression et faire grandir la peur dans la population, mais insuffisamment massif encore pour déclencher la fureur populaire et contraindre les pouvoirs publics à l'action martiale. Le risque est pourtant grand, à moyen terme, de la procrastination régalienne. C'est donc l'ennemi qui donne le tempo. Il peut décider d'en changer et monter en intensité subitement. Sommes-nous prêts ? Et puis, les moutons pourraient cesser d'accepter leur sacrifice aléatoire et se rebeller ; sans berger, décider de se défendre seuls, en dressant quelques chiens. Et là, ce serait la fin de la République et de l'État de droit. Et l'irruption de la guerre civile.
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Re: L'Etat islamique

Messagede Aiello le 29 Aoû 2017, 13:27

Shoemaker a écrit:
Cortese a écrit: ...et avaient empoisonné sa femme adorée.

Il peut encore leur livrer en un ultime sacrifice la belle Melania. Elle a encore de beaux restes, et la harpie Clinton, dit-on, aime la chair fraîche saphique ! C'était mon quart d'heure sadien ! :lol:

Les fantasmes de Shoe... :gratte: :lol:
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Re: L'Etat islamique

Messagede Shoemaker le 29 Aoû 2017, 17:22

Aiello a écrit:
Shoemaker a écrit:
Cortese a écrit: ...et avaient empoisonné sa femme adorée.

Il peut encore leur livrer en un ultime sacrifice la belle Melania. Elle a encore de beaux restes, et la harpie Clinton, dit-on, aime la chair fraîche saphique ! C'était mon quart d'heure sadien ! :lol:

Les fantasmes de Shoe... :gratte: :lol:

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Re: L'Etat islamique

Messagede sccc le 29 Aoû 2017, 19:38

Fatcap a écrit:Oui, ils savent que le partie est globalement perdue. Netanyahou et son chef des renseignements sont allés voir Poutine, mais les Israéliens sont hors du coup. Ils pensaient partitionner la Syrie, et se retrouvent face au Hezbollah sur deux fronts, à la frontière libanaise et sur le plateau du Golan. Un Hezbollah qui a perdu des hommes en Syrie, mais a gagné encore plus en expérience et en matériel. Et on ne parle même pas de la perspective que des troupes iraniennes soient invitées en Syrie pour garantir le respect du cessez-le-feu.

C'est simple, avec la Turquie et le Qatar qui ont rompu les rangs, la Russie et l'Iran sont dans une position de force. Les USA, l'UE et Israël ont fini par admettre qu'ils ne pouvaient plus être dans le déni, sauf à ne plus jouer aucun rôle dans cette région. Ils reviennent donc la queue entre les jambes à la table de négociation pour tenter de sauver des bribes d'influence.

A lire sinon : un article publié par un journaliste d'investigation bulgare qui détaille comment les USA et l'UE organisaient le trafic d'armes à partir de l'Europe de l'Est vers la Syrie, via la companie aérienne azérie. Ils utilisaient des avions civils et la valise diplomatique. C'est une façon de faire plus discrète que les transports militaires habituels. Pour toutes les erreurs et faiblesses de Trump, sa décision d'arrêter le programme de la CIA finançant les djihadistes lui permet de se racheter à mes yeux..


Eh eh...
http://russia-insider.com/en/politics/journalist-interrogated-fired-story-linking-cia-diplomatic-flights-arm-syrian-rebels
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Re: L'Etat islamique

Messagede denim le 29 Aoû 2017, 20:31

bizarre...BFM n'en parle pas. :eek:
pourtant,quand on voit leur pub... :roll: :roll: :roll: :roll: :roll:

pauvres journalismes et journalistes français... :roll:
"quand de-Gaulle ne sera plus là,il sera encore là".
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